L’eau et ses usages en Poitou-Charentes

Impulsé par le Comité régional de l'environnement

L’eau, fluide vital Approche qualitative

La dégradation des eaux souterraines

D’une manière générale, en région Poitou-Charentes, depuis le début des années 1970, les eaux brutes souterraines sont de plus en plus contaminées par des polluants d’origines agricole, industrielle et domestique. Cette contamination s’effectue d’une part par les transferts en profondeur des polluants migrant avec l’eau du sol, d’autre part ponctuellement par des installations humaines mal isolées (bâtiments d’élevage, industriels et assainissement domestique) ou des forages mettant en communication nappes polluées et nappes profondes.

Les principales mesures de qualité des eaux souterraines, réalisées dans le cadre de l’alimentation en eau potable, portent sur leur teneur en nitrates, en pesticides, en agents bactériens, ainsi que sur des éléments indésirables présents « naturellement » tels les métaux, le fer, l’arsenic, l’aluminium, le fluor et le sélénium (en effet, on observe très ponctuellement la présence d’éléments issus de réactions physico-chimiques entre l’aquifère et l’eau qu’il contient).

En complément, la Région Poitou-Charentes a lancé en 2001 un réseau patrimonial de suivi de la qualité des nappes, avec l’aide des Agences de l’eau, de l’Etat et de certains départements.

La Région Poitou-Charentes est le maître d’ouvrage de ce projet ; les opérateurs techniques sont le BRGM et la FREDON Poitou-Charentes. Des prestataires interviennent également dans ce projet notamment pour les prélèvements, les mesures in-situ et les analyses en laboratoire.

Les informations suivantes sont extraites de ces documents :

  •  Réseau régional de suivi de la qualité des nappes en 2009 - Gestion du réseau et exploitation des résultats - Rapport final – septembre 2010 - B.R.G.M. Source des données : Région Poitou-Charentes
  •  Présentation et restitution des résultats 2010 lors d’une réunion annuelle (21 octobre 2011) regroupant les acteurs de la protection de la ressource en eau en Poitou-Charentes, organisée par la Région Poitou-Charentes. Source des données : BRGM et FREDON Poitou-Charentes.

    En 2010, comme en 2008, 107 points de suivi ont été utilisés pour évaluer la qualité des eaux souterraines de Poitou-Charentes. Ils se répartissent de la manière suivante :

  •  Quaternaire (dunaire + alluvions) : 5
  •  Crétacé supérieur : 36
  •  Jurassique supérieur : 18
  •  Jurassique moyen : 34
  •  Infra-Toarcien : 12
  •  Socle : 2

    Les suivis de la qualité de la ressource en eau souterraine doivent permettre de mieux connaître l’évolution de la situation et de mettre en place des programmes d’actions adaptés sur les zones qui requièrent des obligations de résultats permettant de protéger la santé des usagers (zones de captages d’eau destinés à la consommation humaine, zones de baignades …).

    Concernant les nitrates :

    La tendance, après une hausse généralisée des teneurs sur la période 1980-98 est maintenant à un ralentissement significatif de la contamination des eaux souterraines.

    L’analyse des mesures sur la période 2001-2009 montre que la contamination des eaux souterraines du Poitou-Charentes par les nitrates est importante : 70 % des points du réseau présentent des valeurs supérieures à 10 mg/l. Les teneurs sont assez faibles (voire nulles) dans les nappes captives par rapport aux nappes libres.

    Les masses d’eau les moins contaminées se localisent sur les secteurs à pression agricole faible.
    Les masses d’eau du Jurassique moyen et du Jurassique supérieur sont les plus contaminées et montrent des teneurs dépassant fréquemment le seuil de qualité (50 mg/l).
    Les masses d’eau du Crétacé du nord de la Vienne présentent également une contamination importante avec des dépassements de seuil.

    En 2010, les résultats du suivi indiquent des teneurs fortes dans les 4 départements picto-charentais en particulier dans la région de Cognac ; dans une zone allant de la Rochelle à Melle ; à l’est de Thouars ; et au sud de Poitiers.
    A l’inverse, des teneurs faibles ont plutôt été observées dans le sud de la région ; sur la zone littorale ; aux abords de Châtellerault ; et au niveau de la zone du socle.

    Ci-dessous, la carte régionale présente la comparaison des résultats 2001-2009 avec ceux de 2010 donnant ainsi les tendances évolutives des nitrates aux différents points de suivi.

    En conclusion, les aquifères captifs sont généralement protégés. La contamination de l’ensemble des grands aquifères libres de la région est généralisée : il y a peu d’évolution des teneurs sur l’ensemble des points depuis la création du réseau, mais les teneurs restent élevées (Jurassique moyen environ 40 mg/l, Jurassique supérieur environ 50 mg/l et Crétacé supérieur environ 30 mg/l).

    Concernant la bactériologie :

    Les ouvrages qui captent les eaux de faible profondeur sont les plus vulnérables à la pollution bactériologique. Cependant, le nombre d’analyses bactériologiques non conformes sur les eaux brutes souterraines reste faible.

    Concernant les pesticides :

    Une réelle pollution par les pesticides est constatée sur les eaux souterraines : actuellement les données disponibles permettent d’indiquer que plusieurs matières actives se trouvent dans les eaux, régulièrement ou occasionnellement, en fonction des conditions d’application et des caractéristiques hydrogéologiques.

    (suite issue du rapport : Réseau régional de suivi de la qualité des nappes en 2009 - Gestion du réseau et exploitation des résultats - Rapport final – septembre 2010 - B.R.G.M.
    Source des données : Région Poitou-Charentes)
     :

    Les nappes captives (infra Toarcien, Jurassique sup et Crétacé sup) sont globalement protégées des contaminations par les pesticides. Les détections mesurées ces dernières années correspondent à certains points particuliers et à des anomalies d’isolation du forage.

    Les résidus de pesticides sont présents dans la plupart des nappes libres de la région. On note toutefois des disparités assez nettes entre les différents réservoirs aquifères.

  •  Les nappes libres du Jurassique supérieur sont globalement les moins contaminées par rapport à cette problématique phytosanitaire. Dans l’ensemble, les teneurs en atrazine déséthyl et atrazine observées sont faibles et n’engendrent pas de dépassements de 0,1 μg/L. Les teneurs en atrazine déséthyl diminuent sensiblement.
  •  Concernant les nappes du socle et les nappes alluviales, deux stations sur les cinq présentent une contamination avec la présence de triazines et de métolachlore. A Vouneuil-sur-Vienne, la culture du maïs dans la vallée peut expliquer la présence de cette dernière molécule (pic à 0,14 μg/L).
  •  Les nappes libres du Crétacé supérieur en Charentes restent globalement les plus contaminées, à l’exception de celles situées à l’aplomb de zones naturelles (littoral charentais) et de recouvrements du Tertiaire (Eocène…) dans le sud. Cette dégradation est liée essentiellement à la présence d’atrazine déséthyl et d’atrazine.
    Les teneurs en atrazine déséthyl avoisinent régulièrement les 0,1μg/L.
  •  A l’aplomb du vignoble de Cognac, le bruit de fond dû aux herbicides utilisés pour l’entretien des sols viticoles (simazine, terbuthylazine) est toujours observé, pouvant engendrer localement de fortes contaminations. Le diuron interdit en 2008 n’a été détecté qu’à cinq reprises à des teneurs faibles allant de 0,02 à 0,03 μg/L.
  •  Concernant les nappes libres du Jurassique moyen (Dogger), les contaminations sont plus fluctuantes en raison du caractère karstique de l’aquifère. L’atrazine déséthyl reste la principale molécule engendrant localement des dépassements de la norme 0,1μg/L. Le diuron n’a été détecté qu’à trois reprises (concerne deux stations) à des teneurs supérieures à 0,1μg/L. De même les urées utilisées sur céréales d’hiver (isoproturon et chlortoluron) n’ont été détectées que très ponctuellement et à des teneurs relativement faibles au regard des années précédentes.

    Les principales substances contribuant à cette contamination ont été interdites ces dernières années.
    Globalement, alors que les teneurs en atrazine, simazine, terbuthylazine, baissent significativement depuis 2003 (année de retrait du marché), celles des métabolites (atrazine déséthyl, atrazine déisopropyl, hydroxy-atrazine) restent très stables à l’échelle régionale.

    D’autres substances sont détectées de manière plus épisodique à l’échelle du territoire et/ou à l’échelle du temps. Parmi les urées substituées, on peut citer deux herbicides utilisés sur céréales d’hiver : l’isoproturon et le chlortoluron, et le diuron, un herbicide utilisé en zones non agricoles et cultures pérennes et interdit en France fin 2008 dans la composition des produits phytosanitaires (mesure nationale). Ce dernier est également interdit dans la composition des produits biocides.
    Parmi les chloroacétamides, on peut noter la détection d’un herbicide autorisé depuis 2005 sur maïs : le S-métolachlore6 . Il est détecté à des teneurs relativement faibles à l’occasion des campagnes de printemps, correspondant à sa période d’application et en période de recharge.
    Malgré l’importante utilisation du glyphosate en Poitou-Charentes, cette molécule et son métabolite l’AMPA n’ont pas été détectés en 2009 dans les nappes de la région (dégradation de la molécule dans le sol ?).

    La comparaison de l’évolution des pesticides, sur le graphique suivant, entre les périodes 2000-2005 et 2006-2010 nous indique une baisse importante de l’atrazine mais une rémanence de l’atrazine déséthyl. (Source données graphique : ADES)

    En outre, dans son rapport, le BRGM indique que d’une manière générale les nappes captives sont globalement épargnées de toute contamination par les pesticides mais qu’en revanche une contamination récurrente est observée pour les nappes libres avec des disparités importantes d’un aquifère à l’autre.

    Le réseau régional a vocation à suivre globalement l’état des ressources en eau souterraine de Poitou-Charentes. Parallèlement, des analyses sont réalisées sur les captages dédiés à la production d’eau potable.

    Concernant les eaux brutes destinées à la production d’eau potable :

    Source : DRASS Poitou-Charentes. DDASS 16, 17, 79 et 86.

    Les données qui suivent sont issues du suivi réalisé par les services sanitaires sur les captages destinés à l’alimentation en eau potable des populations en service. Les captages abandonnés, pour cause notamment de qualité dégradée, ne sont plus intégrés à ce suivi.

    En Poitou-Charentes, depuis 20 ans, près de 300 ouvrages ont en effet été abandonnés pour des problèmes de qualité, mais également de quantité ou de l’impossibilité de mettre en place des mesures de protections (cf. Usage domestique).

    La teneur en nitrates des eaux brutes souterraines croît en moyenne de 1 à 2 mg/l/an depuis trente ans principalement dans les nappes libres, avec de fortes variations selon les secteurs.

    En 2001, la teneur de 50 mg/l (seuil de potabilité) est dépassée pour 25 % de la ressource dans le département de la Vienne et de plus de 50 % dans les Deux-Sèvres. Le seuil des 100 mg/l est parfois atteint, entraînant la fermeture des captages d’alimentation en eau potable.

    Les valeurs en 2002 sont faibles ou nulles en général dans les nappes captives. Localement des teneurs plus importantes peuvent être observées, vraisemblablement dues à des communications entre des nappes libres et des nappes captives (forages mal isolés, communication naturelle).

    En 2005, le seuil de potabilité pour les nitrates a été dépassé pour 13 % de la ressource en eau souterraine sur les points de captages d’alimentation en eau potable dans la région Poitou-Charentes.

    En 2007, une dégradation a lieu par rapport à 2005, 19 % des captages ont présenté des teneurs supérieures à 50 mg/l (amélioration par rapport à 2003, 22 % des captages).

    En 2008, environ 16 % des ouvrages captent une eau (eau brute) dont la concentration maximale en nitrates dépasse 50 mg/l.
    Dans certains départements, les eaux souterraines chargées en nitrates représentent une part importante du volume total produit.
    Depuis une dizaine d’années, les teneurs en nitrates apparaissent relativement stables compte-tenu de l’abandon des captages les plus pollués. Toutefois, on observe une amélioration conjoncturelle lors des années sèches telles que 2003 ou 2005.
    Seule la moitié des ouvrages ont une teneur en nitrates inférieure à 25 mg/l. Cette situation est préoccupante du fait de la vulnérabilité des nappes et des limites de qualité a respecter sur les eaux brutes destinées à la potabilisation (50 mg/l dans les eaux de surface et 100 mg/l dans les eaux souterraines).

    Les teneurs en pesticides sont variables selon le département. Au niveau régional, en 2005, environ 50% des ouvrages de captage d’eau potable ont une teneur totale inférieure au seuil de détection. En 2007, ce taux n’évolue pas. Il existe une variabilité spatiale de la contamination quantitative et qualitative importante selon les départements. En Vienne, sur 88 ouvrages, 39 % ont une teneur supérieure à 0,1 µg/l (contre 33% en 2005). En Charente-Maritime, la situation est préoccupante en 2007, 47% des captages présentent une pollution par les pesticides ponctuelle ou chronique (contre 35% en 2005). En Deux-Sèvres, 50% de la population bénéficie d’eau traitée par charbon actif (traitement utilisé pour éliminer les pesticides).

    En 2008, Un contrôle renforcé des pesticides dans les eaux brutes a été mis en place sur la majorité des ouvrages de la région. Dans le cadre de ce programme, jusqu’à 40 pesticides sont recherchés au moins une fois par an. La majorité des captages ont fait l’objet d’une recherche en pesticides au cours de l’année 2008. Le Groupe Régional d’Actions contre les pollutions par les produits Phytosanitaires (GRAP) est chargé de coordonner les actions de prévention et de reconquête de la qualité des eaux.
    On constate que certains pesticides tels que l’atrazine et ses métabolites, le diuron ou le métolachlore sont présents dans tous les départements. Par contre d’autres apparaissent spécifiquement dans certains d’entre eux.

  • Logo ORE Accessible sur le site : http://usages.eau-poitou-charentes.org/
    Téléport 4 Antarès - BP.50163 - 86962 FUTUROSCOPE CHASSENEUIL Cedex
    Tél : +33 (0) 5 49 49 61 00 - Fax : +33 (0) 5 49 49 61 01
    N° siret : 488 565 599 00013 - contact@observatoire-environnement.org

    Logo de la DIREN Poitou-Charentes Logo de la Région Poitou-Charentes Agence de l'eau Adour-Garonne Agence de l'eau Loire-Bretagne