Eau en Poitou-Charentes : RPDE

     
Sommaire

Usages de l’eau Pêche et aquaculture

L’eau, la conchyliculture, l’aquaculture et la pêche professionnelle
L’utilisation de l’eau
Des besoins nutritifs …

Le phytoplancton présent dans l’eau est à la base de la chaîne alimentaire des coquillages, qui utilisent l’eau de mer par filtration.

Les eaux littorales constituent ainsi un milieu biologiquement riche, favorable à l’établissement de nourriceries [1] et de frayères [2] notamment pour la sole, le bar, le merlan, la seiche, …

… qui imposent des classes de qualité

Le classement des eaux en terme de qualité pour les zones de conchyliculture est réalisé à partir de mesures bactériologiques effectuées sur les coquillages, intégrateurs de la pollution. La grille de classement des zones professionnelles de pêche (12 en Poitou-Charentes) définit 4 classes de qualité A, B, C et D.

Le décret du 20 août 1939 modifié, relatif à la salubrité des huîtres, moules et autres coquillages, classe les zones conchylicoles en salubres et insalubres. L’arrêté du 21 juillet 1995 fixe les normes de salubrité sur la base de 26 prélèvements au cours de 12 mois consécutifs de la manière suivante :
« une zone salubre est une zone qui présente un nombre de coliformes fécaux inférieur à 300 pour 100 ml de chair, avec une tolérance pour 5 échantillons au-dessus de ce seuil à certaines conditions. Sinon, il s’agit d’une zone insalubre ».
La directive européenne 91/492/CEE du 15/07/1991, modifiée par la directive 97/61/CE du 20/10/1997 a été reprise en droit français par le décret 94-340 du 28/04/1994, complété par l’arrêté du 21 mai 1999 relatif à la surveillance des zones de production et des zones de reparcage des coquillages vivants. Elle fixe des seuils en fonction des concentrations en coliformes fécaux et en trois métaux lourds, le mercure, le plomb et le cadmium :

Classement sanitaire des coquillages avant 2006

Le règlement 854/2004 CE du 29 avril 2004 du Parlement européen fixe de nouvelles règles de classement, plus contraignantes que celles de l’Arrêté du 21 mai 1999. Elles sont en application depuis le 01/01/2006.

Classement des zones de bivalves 2007
Classement des zones de production de bivalves 2010

En 2007, la qualité microbiologique globale des coquillages non fouisseurs produits dans le pertuis breton est à l’amélioration sur pratiquement tous les points.
On observe dans la baie de l’Aiguillon un classement B et un classement alternatif B/C.
Dans le pertuis d’Antioche, la tendance est à l’amélioration sur 4 des 6 points de suivi du site (les deux points restant sont stables).
Pour le secteur de Marennes, aucune tendance générale significative ne se dégage, à l’exception du point « L’Eguille » dont la tendance est croissante. Ce point, le plus en amont sur la Seudre, confirme que ce secteur reste l’un des plus sensibles. La dégradation est sans doute liée à une augmentation des apports sur le bassin versant de la Seudre en amont de « l’Eguille ». En effet, la zone est caractérisée par un gradient d’amont en aval des niveaux de contamination microbiologique. Le Banc de Ronce reste l’autre point sensible de ce secteur : aucune tendance significative ne se dégage mais les niveaux de contamination restent relativement élevés.

Pour les organismes fouisseurs, l’ensemble des points de mesures, hors zones portuaires, sont classés soit en B soit en C. Les zones portuaires sont classées en D.

Le classement réglementaire des zones conchylicoles ne s’applique pas aux secteurs de pêche de loisirs, seuls les gisements naturels exploités professionnellement sont concernés. La Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales a la charge de la surveillance sanitaire des sites de pêche à pied et des sites de baignades conformément à la Directive n°76/160/CEE du 8 décembre 1975 et à la réglementation française prise pour son application (Décret n°81-324 du 7 avril 1981 modifié).
Durant la saison 2005, ce sont au total 90 points qui ont été contrôlés en eau de mer.
Les sites non conformes (classes C et D), interdisant la baignade, sont inexistants pour cette année. 75 % des plages ont une eau de bonne qualité (classe A) et 25 % une eau de qualité moyenne (classe B).

Classement des points de baignade 2005
Classement des points de baignade littoraux 2011

Les problèmes potentiels ou avérés
Contamination bactérienne

L’activité conchylicole se caractérise comme étant le dernier utilisateur des eaux continentales sur un bassin versant. Elle profite certes directement d’un effet fertilisant, mais elle dépend des précédents utilisateurs de l’eau, notamment en ce qui concerne sa qualité qui peut être altérée bactériologiquement par l’agriculture et notamment l’élevage, certains nutriments (tels l’azote et le phosphore) semblant favoriser la prolifération de microalgues toxiques, et par des difficultés de traitement des eaux usées. Or, un coquillage qui vit dans une eau souillée, présente à son tour une contamination.

La concentration en germes fécaux dans un coquillage est fonction de la concentration dans le milieu extérieur et du taux de filtration. La concentration dans le milieu extérieur est fonction de la concentration à la source modifiée par la dilution intervenant entre la source et le coquillage, et d’un facteur de mortalité des bactéries. Ce dernier varie notamment selon le germe considéré et les caractéristiques physiques du milieu (température, salinité, turbidité, taux de matières organiques …).

Il est difficile de distinguer la part relative revenant aux rejets urbains de celles revenant aux rejets agricoles dans les contaminations littorales. Les spécificités des bactéries selon les sources ne sont pas établies définitivement. Il est donc nécessaire, pour évaluer qualitativement et quantitativement ces sources de pollution, de procéder à leur recensement dans les bassins-versants concernés, en tenant compte des abattements variables selon les types de rejet, et selon les dilutions et les stress subis par les germes avant de déboucher en mer. Ainsi, pour estimer les flux arrivant à la mer, il est nécessaire de mesurer simultanément les concentrations en germes et les débits aux exutoires (rejets directs ou cours d’eau).

Il est d’ores et déjà clairement observé que les flux des éléments contaminants sont particulièrement importants au moment des crues de la saison automne-hiver, en provenance des bassins versants. En ce qui concerne la Baie de l’Aiguillon, les principaux flux de contamination bactérienne proviennent des cours d’eau, essentiellement du Lay et la Sèvre Niortaise. Selon l’étude préalable à la mise en place d’une gestion concertée de l’eau dans le bassin versant du Marais Poitevin, réalisée par Sogreah en 2000, les flux de coliformes fécaux sont semblables sur les deux cours d’eau en période de crue (8 à 9.104 coliformes/jour). L’origine des apports contaminants concerne pour le bassin du Lay essentiellement les élevages, et pour le bassin de la Sèvre, l’assainissement et les élevages en part relativement équilibrées.

Il existe aussi des rejets directs en mer des eaux pluviales et usées urbaines, en dehors des contaminations ponctuelles dues à des accidents, des rejets illicites comme des vidanges de fosses septiques … Les stations balnéaires dont les équipements d’épuration sont souvent sous-dimensionnés, sont particulièrement concernées par ces rejets directs en été. Ces apports locaux directs peuvent avoir un fort impact mais limité géographiquement car de faibles débits. De plus, les stations d’épuration des communes littorales sont mieux suivies du point de vue de leurs rejets bactériens que celles des bassins-versants amont. Leurs dysfonctionnements sont connus et des améliorations sont progressivement apportées.

La conchyliculture semblerait aussi pouvoir être affectée par de trop faibles débits d’eau douce parvenant au littoral en période d’étiage : en effet, depuis quelques années, des diminutions conséquentes d’apports d’eau douce sont observées. Or ces eaux continentales sont essentielles pour le maintien des éléments fertilisants et nutritifs qu’elles véhiculent, et les variations thermiques qu’elles induisent, essentielles pour le déclenchement des pontes d’huîtres.

Cas de la Baie de l’Aiguillon :

une volonté d’harmonisation et d’adaptation des besoins en eau en période estivale

Dans le cadre de l’élaboration du SAGE Sèvre Niortaise Marais Poitevin, la Commission Locale de l’Eau s’est déclarée en faveur d’un objectif dissocié selon deux périodes de l’année, en relation avec l’activité conchylicole en baie de l’Aiguillon et les besoins en eau du Marais.
Cette proposition est formulée de manière provisoire et transitoire (jusqu’à ce que de meilleures connaissances scientifiques vis-à-vis du fonctionnement biologique de la Baie de l’Aiguillon soient disponibles), selon le tableau suivant :

1er mars au 31 mai Besoin en eau douce pour la production de naissains et le début de la croissance des moules Effectuer des lâchers d’eau vers l’océan sauf dans les cas suivants :

- périodes de faibles coefficients de marée

- sécheresse hivernale

Priorité baie de l’Aiguillon

1er juin au 31 octobre Besoin en eau douce pour la croissance des moules. Phase de récolte et de commercialisation. Effectuer des lâchers d’eau uniquement dans les cas suivants :

- respect des Niveaux d’Objectifs d’Etiage (N.O.E.) des marais mouillés liés à la Sèvre niortaise, au Mignon et aux Autizes

- impératif lié à la maîtrise de l’envasement des exutoires

- gestion d’une crue (priorité à la sécurité des biens et des personnes)

Priorité zone humide du marais poitevin

Source : Rapport final de la Phase 2 : stratégie de la CLE du Sage Sèvre Niortaise marais poitevin
Risque sanitaire

Une grande part des suivis de surveillance de la qualité bactériologique, du phytoplancton toxique et des micropolluants, est effectuée afin de s’assurer de la salubrité des produits de la mer (au sens large) et de préserver la santé des consommateurs.

La consommation de coquillages vivants, de par leur physiologie et la présence dans le milieu littoral de bactéries ou virus, constitue un problème de santé publique lié à l’environnement, la probabilité pour qu’une infection se développe chez l’Homme dépendant de la dose ingérée et de l’état physiologique et immunitaire du consommateur.

Risque économique

Les niveaux de contamination peuvent entraîner la fermeture temporaire de certaines zones de pêches ou leur déclassement avec des répercussions négatives sur l’économie de la région, ou l’interdiction de commercialisation des produits, ou d’une façon plus chronique, l’obligation d’une épuration préalable (séjour de plusieurs semaines des produits conchylicoles dans des bassins d’eau propre).

Mortalité anormale d’huîtres creuses en 2008

Depuis mai 2008, des mortalités anormales d’huîtres creuses (Crassostrea gigas) ont été recensées en France. L’huître creuse, C. gigas, semble être l’unique espèce de coquillages affectée par ces mortalités. Au sein de cette espèce, les huîtres juvéniles sont principalement atteintes. Les taux de mortalité calculés pour ces catégories d’animaux sont particulièrement élevés (80 % à 100 % pour de nombreux lots).
Les conséquences socio-économiques de ces mortalités anormales sont très importantes. Les écloseurs, les naisseurs et les demi-éleveurs sont les plus immédiatement touchés dans la mesure où ce sont les produits qu’ils élèvent et commercialisent qui ont été majoritairement atteints (naissain). L’ensemble de la profession sera concerné à partir de 2009 et cela pour plusieurs années. Les huîtres adultes commercialisées ont été jugées propres à la consommation par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).
Au vu des premiers résultats d’analyses disponibles au 16 septembre 2008, et des résultats expérimentaux préliminaires, il semble que le virus de l’huître OsHV-1, organisme pathogène de l’huître creuse déjà connu en France, soit impliqué dans la surmortalité d’huîtres creuses observée sur le littoral métropolitain. Cette hypothèse ne doit pas cependant être considérée comme exclusive et des travaux étaient encore en cours à cette période. Le virus OsHV-1 a été détecté sur tous les sites d’élevage d’huîtres en France à l’exception du bassin d’Arcachon.
Par ailleurs, une bactérie "Vibrio splendidus", également détectée, pourrait avoir facilité l’installation du virus en affaiblissant les huîtres. En outre, les conditions climatiques particulières de l’année 2008 (un hiver doux et un printemps chaud et pluvieux) ont pu permettre le maintien hivernal de ces agents pathogènes à des niveaux plus élevés que d’ordinaire et leurs développements plus actifs en fin de printemps. Ces conditions climatiques, favorisant des développements phytoplanctoniques abondants, ont également contribué à fragiliser physiologiquement les huîtres : peu de repos hivernal entraînant une utilisation précoce des réserves, forte croissance printanière associée à une maturation rapide des huîtres.
Les recherches se poursuivent néanmoins, d’une part en pathologie, afin de s’assurer qu’il n’existe pas d’autre virus à l’origine des mortalités et afin de mieux comprendre les conditions de développement du virus OsHV-1 et, d’autre part, sur les aspects environnementaux. Les objectifs sont de mieux caractériser les conditions environnementales particulières de 2008 et de mettre en place un système d’observation national opérationnel permettant de mieux anticiper ce genre de phénomène.
(Source : IFREMER)

Pour en savoir plus :
Site Internet de l’IFREMER : rubrique Institut > Actualités > Mortalités d’huîtres en 2008

A titre d’exemple …

En 2006, Dinophysis n’a pas dépassé 200 cellules par litre. Néanmoins, une toxicité fugace a entraîné l’arrêt de la pêche et de la commercialisation des moules des filières du pertuis Breton du 5 au 12 mai, et de la côte de l’Aiguillon du 12 au 18 mai 2006.
En 2007, l’arrivée du Dinophysis a conduit à une interdiction de ramassage et de ventes des mollusques provenant du pertuis Breton du 21 juin au 6 juillet sur l’ensemble du littoral ; les réouvertures se sont échelonnées rapidement d’un secteur à l’autre.

Ces activités aquacoles vont ainsi être marquées par la fragilité accrue du milieu et l’augmentation de la concurrence française (notamment bretonne et normande) et étrangère.

Surexploitation

La conchyliculture, outre une grande sensibilité face à la qualité des eaux littorales (salinité, salubrité chimique et bactériologique) en rapport avec les eaux continentales, subit également les effets d’une surexploitation qui affecte la croissance des différents coquillages.
Les risques de surexploitation et de conditions environnementales dégradées (apports d’eau douce insuffisants, mauvaise qualité bactériologique dans la baie de l’Aiguillon) peuvent ainsi limiter sérieusement les potentialités de la région.

Pour en savoir plus sur les méthodes de surveillance du milieu marin et côtier :
Site de l’Ifremer : http://wwz.ifremer.fr/envlit > Surveillance
Site de l’Ifremer : http://wwz.ifremer.fr/envlit > Votre région > Poitou-Charentes > Activités > Aquaculture
Voir le chapitre L’action publique dans le domaine de l’eau : les outils pour la gestion de l’eau

[1Secteurs de rassemblement de juvéniles.

[2Lieux de reproduction.

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